CHRONIQUES

varennes le grand

CENTRE Pénitentiaire

Hier, nous quittons Lyon à 7h20. L'utilitaire est loué, le matériel, chargé, nous  arrivons à Varennes le Grand, Centre pénitentiaire à 9h15. On est impressionné face aux grandes portes bleues, forcément, on peut pas se garer sur le parking "autorités"...

 

Réponse du gardien.

 " Mais si le temps du déchargement, pas de problèmes, dites à vos copains de venir, et faites moi passer vos cartes d'identité en attendant, on va vous sortir un caddie géant/ Vous mimez bien la voiture!".

On est entré, on a passé le portique de sécurité. On a découvert l'atelier N°2, hangar de confection et de manutention, lieu magnifique où il y a encore 10 ans, 130 détenus pouvaient encore travailler pour 300 euros par mois. Aujourd'hui ils ne sont plus que quelques dizaines. Le chômage, c'est dehors comme dedans. Sodexo a besoin de moins de monde qu'avant...

 

C'est eux qui nous installe la scène, avec les praticables que Mr Monin le directeur Interrégional est allé chercher à 6h ce matin en camion de location. Chacun donne de son temps, du personnel qui fait des heures supplémentaires aux détenus. Aux questions, on répond instantanément qu'on est mieux accueilli que dans les théâtres. 

 

Il fait froid dans les hangars, mais on ne se sent pas seuls. Pendant les répétitions, de l'autre coté du mur, les rires et les appréciations des travailleurs de l'atelier N°3 nous accompagne. Ils rythment tout le filage, répondent à nos chants. Ils seront plus d'une trentaine à nous regarder:  "Radio Prison a fait son job".

Avant de jouer, l'attente dans les sas, les couloirs, les talkies walkies qui toujours demandent l'autorisation au QG, "qui passe, qui sort" mais aussi les vannes du personnel pénitentiaire, l'entrain  et la chaleur du Capitaine Duval, les cris d'excitation des détenus qui nous parviennent de la salle de sport, qui courent le long des parois. Ce n'est pas du spectaculaire dont il sera question cette semaine, mais du long apprentissage du compromis, du quotidien partagé par une communauté qui n'a pas choisi d'être ensemble. Le visage qu'on nous montre, de tous les cotés, c'est celui de la​ dignité.

 On a serré les mains de plus d'une trentaine de personnes chacun, détenus, personnel surveillant, responsables judiciaires. Beaucoup de sourires, de regard droit dans les yeux. "Dans un milieu fermé, l'observation, la prise en compte de l'autre est très important" nous dit Nicole Robert, la directrice du SPIP pendant la pause déjeuner. Pendant la représentation, on entends encore les bruits des surveillants, celui des clés, les réactions, les rires, les gênes, les incompréhensions.

C'est le premier temps du spectacle. On est en nage, ils applaudissent, ok on entre dans la mi-temps. Les questions fusent:

" Alors, le point de départ, c'est quoi?

- Vous commencez quelques chose avec le hip-hop, le rap, vous le transformez en contestation, et puis ensuite vous l'abandonnez, pourquoi?

- Quand vous nous parlez, maintenant, tout devient clair, pourquoi c'est pas aussi clair sur scène?

- Quand vous parlez avec les mains, on dirait, c'est un dialogue de sourd non? 

- Il est mort, à un moment, il tombe. qu'est ce qu'il s'est passé.

Alors on réponds.

"L'orgueil. Les probationnaires. Vous le savez, ce qui vous attends à la sortie. Aucune communauté sur laquelle s'appuyer. Une nouvelle identité à se fabriquer. Mais la pensée, l'opinion, toujours elle vous appartient, c'est pour ça, ce projet, c'est l'occasion, de les faire entendre/ oui chacune de ces danses sont contestaires/ le genre, la norme, la propriété, elles revendiquent le droit de se montrer/ je ne suis pas prof (drôle de dire ça un prof qui enseigne en prison justement), et mon métier ce n'est pas d'expliquer, c'est de vous rencontrer comme maintenant en bord plateau. Si vous dites juste "ok j'ai compris", il n'y a plus rien à dire, à inventer. Votre imaginaire, vos réactions dans le trouble, c'est aussi ça qui fait le spectacle. C'est le choix que vous prenez/ Les mains, c'est les chanteurs de flamenco, ça sort des pieds des mains les émotions tout le temps on a repris ça/ la mort c'est Garcia Lorca, un poète homosexuel et communiste, il est mort assassiné par les franquistes, il aimait beaucoup le flamenco, c'est un hommage/ oui on tombe beaucoup, c'est toujours histoire de chutes, celles dont on va pouvoir se relever tout seul, et celles où l'on aura besoin des autres..."

Alors que personne ne se lève, parce que tout le monde veut parler, le Capitaine Duval lance les inscriptions d'Ateliers d'écriture pour le 20.

Il y a beaucoup de gitans "On a  aimé la musique. Mon père, mon oncle, tous on est chanteurs tu sais.../ Ce qui est bien c'est qu'on ressent beaucoup d'émotion dans la première partie, on ne se l'explique pas, et après ça discute, on participe on comprend, c'est très complet/ tu te rends compte ils ne se sont même pas levé à la fin, ils viennent encore parler, ça il faut le signaler!/ C'est bien ce que vous faites, ils sont cons les autres de pas être descendus des cellules/ alors comme ça comédien c'est vraiment un travail en fait, combien de temps pour faire tout ça/". On parle de démarche, de valeurs, "oui c'est un point de départ, on part de vous, de Varennes, oui on peut rajouter vos textes, vos idées"/ " ok j'ai des suggestions, je vais vous écrire"/ vos costumes, il y a une idée d'unité à trouver, ou alors de choses plus tranchées peut-être"

On sort, pause voguing devant la porte bleue avec MMe Robert.

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